C’est quoi être normal ?

Psychologue Clinicienne / Psychotérapeute à Estavar

C’est quoi être normal ?

Article de Elisenda Navinés publié dans le journal El Bourricot le 22 mai 2018.

Le terme psychopathologie est composé des mots grecs « âme et « maladie », c’est donc la maladie de l’âme, c’est une profonde blessure qui parle de nous et dans laquelle nous nous reconnaissons.

Pour être plus précis, la psychopathologie est l’étude des maladies mentales et de leurs causes. Les psychologues cliniciens essaient de les classer selon la symptomatologie spécifique qui apparait lorsque la souffrance psychique devient insupportable. 

De mon point de vue, cette classification peut nous aider à nous orienter vers une hypothèse de diagnostic mais cela s’arrête là. Un même symptôme n’affecte pas de la même manière tous les individus. A un moment donné, une personne peut déclencher un trouble psychologique ou pathologique facilement classifiable, sans pour autant souffrir ces troubles indéfiniment.

Être une personne normale. Qu’est-ce que c’est ?

Freud disait :  » Une personne normale est une personne ayant un comportement sain, qui ne renie pas sa réalité et qui, au contraire, sait s’y confronter et la transformer avec les outils qu’elle possède. Ceux qui ne possèdent pas ces stratégies sont des individus présentant des troubles émotionnels comme c’est le cas des névroses ».

La normalité est une construction identitaire très reliée aux paramètres sociaux et culturels. Ainsi la normativité établit la différence entre le faux et le juste.  Nous savons tous que dans d’autres cultures certaines conduites sont considérées complètement normales alors que dans notre culture elles deviennent aberrantes, par exemple l’ablation du clitoris des jeunes filles en Afrique. Nous les occidentaux considérons aussi, comme normales certaines conduites alors que d’autres cultures les considèrent comme une anomalie, par exemple les relations sexuelles entre personnes de même sexe. A partir de cet exemple, nous pouvons dire que l’homosexualité masculine ou féminine n’est plus considérée aujourd’hui comme une maladie mentale alors qu’il y a peu de temps c’était le cas. Ce qu’on considère aujourd’hui comme normal ou anormal peut changer ou évoluer autrement.

Nous donnons une immense priorité à tout ce qui concerne la rationalité, par conséquent les émotions qui de nature, sont subjectives et donc non mesurables, sont jugées autrement.

Kant dans son livre « Critique de la raison pure » disait :  » la raison humaine a la fonction particulière de se charger de questions qu’elle ne peut répudier…et auxquelles elle ne peut répondre ».     

L’institution de la psychologie, comme toutes les institutions participe de l’idéologie de l’état à laquelle elle appartient, c’est à dire, en concordance avec le système socioéconomique et politique capitaliste. Elle a pour objectif de faire devenir les personnes affectées de troubles psychologiques ayant des difficultés d’adaptation à la société, productifs dans la conservation de l’ordre social établi.  C’est ainsi que les chocs émotionnels, qui ont perturbé et amené à vivre en souffrance, seront considérés différemment.

Heureusement aujourd’hui, et grâce à la contribution du mouvement antipsychiatrique en 1975 (R D Laing et D Cooper entre autres) nous sommes arrivés à diminuer les hospitalisations de longues durées et aussi, à remplacer beaucoup de centres psychiatriques par d’autres systèmes qui ne coupent pas autant le lien avec la communauté car devenir acteur principal de sa propre vie est le but essentiel.

Mais nous sommes loin de comprendre et d’avoir un autre regard face à l’autre différent, car nous le jugeons anormal. La normalité est très reliée à la normativité et aussi à ce que nous considérons comme correct ou incorrect. Normes et vérités sont des concepts qui peuvent changer car ils sont liés aux pensées que les institutions sont obligées de transmettre.

Les personnes émotionnellement instables n’intéressent pas trop, alors que souvent ils ont un potentiel que la plupart des individus sans problème d’adaptation au milieu, n’ont pas. Ils sont plus sensibles et créatifs mais aussi plus fragiles face au rejet de l’autre. 

Les personnes qui ne peuvent dissimuler ou cacher leur souffrance ont un énorme besoin de compréhension et d’amour. De plus, ils auront besoin de faire face aux préjugés des autres en fonction de comment ils voient « la folie » et l’étiquetage par diagnostic, « border line », « bipolarité », « anorexie », « schizophrénie », « hystérie », « asperger » etc. ……..

Un symptôme se manifeste différemment selon chaque individu et chaque symptôme est une protection avec laquelle la personne se protège de quelque chose d’excessivement douloureux. Les raisons pour lesquelles une personne souffre d’insomnie peut être d’origine psychologique (choc traumatique, stress, anxiété, angoisse, peur de mourir…) ou d’origine physiologique (respiratoire, neurologique, effets secondaires médicamenteux…).

L’important c’est de saisir, face à un symptôme d’origine psychologique, ce qu’il dit de nous.

Freud disait que le symptôme contient une signification inconsciente, ignorée par la personne elle-même, en tant que vérité refoulée. Le travail du thérapeute n’est pas toujours de supprimer le symptôme mais d’aider le patient à repérer sa fonction et à comprendre sa signification. Quand la personne arrive à en faire une lecture, il se confronte à lui-même. Il n’existe pas de standard de santé mentale identique pour tous.

Nous sommes tous un peu malades, peut-être que nous ne développerons aucun symptôme mais souvent le prix à payer sera de se soumettre au pouvoir de l’autre tout en sacrifiant son propre être. Et cela n’est pas du tout normal non plus. Un symptôme se développe pour ne pas nier la vérité de ce qui s’est passé. Se confronter au symptôme peut te sauver en tant que personne alors que nier la vérité peut empêcher de se rencontrer soi même à tout jamais.

Dans le monde entier, il y a des leadeurs au pouvoir qui sont de véritables malades mentaux, car ils n’ont ni honte, ni respect, ni empathie, ni considération envers les gens, au contraire, ils sont capables de tuer les gens qui se rebellent. Est-ce normal que des êtres pervers arrivent au pouvoir pour ne faire que du mal?  Est-ce normal que des personnes qui ont un poste et une reconnaissance au travail, deviennent chez eux, froids et manipulateurs jusqu’à annuler l’autre ?  

Si nous regardons la normalité autrement, nous découvrons que tous, à un moment donné, nous pouvons craquer et sombrer dans la folie face à  un vécu particulièrement insupportable. Nous connaissons tous des personnes qui ont bien réussi leur vie, et qui d’un coup, à la suite d’un évènement tragique et inattendu perdent à vie, l’illusion de vivre.  

Soyons donc un peu plus humble et nous pourrons, plus facilement, admettre la différence et la spécificité de l’autre, car nous sommes tous uniques et différents à la fois.

« Nous ne pouvons parler, subitement, de normalité ou de folie par rapport à une autre personne. Avant tout, il faut dire que tant, dans la normalité comme dans la folie, il existe dans une certaine mesure, une relation au monde, une façon d’être dans le monde et avec les autres qui ne peut s’extrapoler totalement de sa relation avec nous.”  R.D. LAING

« A la moitié de mon existence, je suis sorti du droit chemin et je me suis retrouvé dans une forêt obscure…Mais, même si c’est douloureux de se perdre, ça l’est encore plus de mourir.”     DANTE

“Ce que tu nies, te soumet. Ce que tu acceptes, te transforme” C.G. JUNG

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